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Société de Neuroendocrinologie

Zone de texte éditable et éditée et rééditée

Stress, hormones et cerveau

Michael Harbuz Dpt de Médecine, Université de Bristol

 Résumé

Le mot " stress " est entré dans le langage commun. Malgré plus d'un demi-siècle d'intenses recherches, nous commençons seulement à mieux comprendre les interactions complexes entre les systèmes de notre organisme qui sous-tendent ce phénomène obscur mais pourtant vital. Le fait de ne pas répondre correctement à une situation " stressante " peut aboutir à des conditions pathologiques et nos connaissances sur ce qui ne fonctionne pas bien ouvrent de réels espoirs pour l'amélioration de la vie quotidienne de millions d'individus.

Vivre sur les nerfs ?

Nous savons tous ce qu'est le stress et la situation oppressante dans laquelle nous nous trouvons dans cette condition. Bien moins claire est la compréhension des mécanismes impliqués.

Le stress, par l'intermédiaire de l'hypothalamus, envoie des signaux à l'hypophyse qui aboutit à la sécrétion par les glandes surrénales de corticostéroides dans le sang. Cette activation de l'axe du stress (HPA) est essentielle à notre survie. Quand les surrénales ne fonctionnent pas correctement, comme dans le cas de tuberculose, cancer ou à la suite d'une intervention chirurgicale, le manque d'hormones corticoides peut aboutir à des infections qui nécessitent un traitement adapté.

Les agents stressants sont capables d'activer de façon différentielle un grand nombre de mécanismes dans le cerveau. Ainsi la réponse à un stress psychologique diffère de celle induite par un stimulus physique ou douloureux. D'autres mécanismes sont également impliqués dans la réponse à une agression du système immunitaire.

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Les flèches de ce diagramme illustrent l'axe hypothalamo-hypophysio-surrénalien (HPA) et l'effet de rétroaction des hormones corticostéroides sur le cerveau. Dans des conditions de stress, maladie ou dépression, cet axe est profondément altéré.
Bien-être : Bonheur, amour
Mal-être : Stress, maladie, dépression

Le noyau paraventriculaire de l'hypothalamus contient les neurones qui coordonnent ces réponses. Le CRH (corticotropin-releasing hormone) est généralement considéré comme le principal médiateur hypothalamique de la réponse au stress. Cependant, dans certaines conditions, d'autres hormones, telles que la vasopressine, peuvent jouer ce rôle.

Au cours des dernières années, le clonage des récepteurs du CRH a permis de localiser précisément les sites d'action de ce neuropeptide. L'identification récente de l'urocortine, une substance ressemblant au CRH, chez l'homme et différentes espèces, ayant une localisation distincte de celle du CRH, a ouvert une nouvelle voie de recherche sur la possibilité d'une famille de peptides liés au CRH et permettant de comprendre les différents aspects de la réponse au stress.

Attention au bébé…

Il est maintenant bien établi que les évènements intervenant au cours de la période néonatale ont un impact sur la capacité de l'adulte à répondre au stress. Des expériences réalisées chez des ratons montrent ainsi que la séparation avec la mère, même pendant de courtes périodes, ou une infection expérimentale par des activateurs du système immunitaire, produisent des modifications de la réponse au stress chez l'animal adulte, et cela sur du long terme.

On a longtemps pensé que la perte de réponse adéquate au stress observée après une exposition répétée à un agent stressant était due à la nature répétée du stimulus. Or des données récentes ont montré qu'une simple exposition peut provoquer les mêmes effets qu'une exposition répétée à l'agent stressant, suggérant que l'empreinte du stress pendant la période prénatale est fondamentale.

Quand rien ne va plus : Stress et pathologie

Une réponse adaptée de notre organisme au stress est essentielle. Nous devons être capables d'identifier rapidement l'agent stressant qu'il soit psychologique, physique ou immunologique. Un échec dans une telle identification aboutit à des situations pathologiques telles que définies ci-dessous.

* Dépression : La dépression est associée à un changement majeur dans la concentrations de neurotransmetteurs dans le cerveau, en particulier la sérotonine. Les antidépresseurs sont utilisés pour rétablir de telles modifications. En outre, une observation commune à la dépression est l'accroissement des taux de corticoïdes dans le sang. Les psychiatres commencent à penser que le changement des taux de neurotransmetteurs ne seraient que la conséquence de l'activation de l'HPA, et une nouvelle approche dans le traitement de la dépression pourrait ainsi voir le jour.

* Par contre, à l'inverse de ce que l'on peut observer dans les pathologies liées au stress, des taux de corticoides faibles ont été observés chez des patients souffrant d'un stress post-traumatique. Cela pourrait être dû au passé de l'individu, comme nous l'avons vu avec le nouveau-né.

* Les maladies autoimmunes telles que l'arthrite rhumatoide sont également associées à des modifications neuroendocriniennes, en particulier la réponse au stress. Ainsi des patients souffrant d'arthrite rhumatoide et subissant une opération répondent très mal au stress ce qui n'est pas le cas de patients atteints d'ostéoarthrite subissant la même opération. Le fait de ne pas libérer correctement les corticostéroides qui sont des substances antiinflammatoires peut affecter le processus arthritique. Ainsi une mauvaise réponse au stress peut avoir d'importantes conséquences sur notre qualité de vie.

Le stress agit donc sur tous les aspects de notre vie quotidienne. Que la cause soit psychologique (divorce, décès…), physique (accident) ou immunologique (infection), notre organisme va plus ou moins bien s'adapter. On peut espèrer que les avancées récentes sur la compréhension des mécanismes liés au stress permettront d'ouvrir de nouvelles voies dans les traitements pour ceux dont l'organisme, hélas, ne peut répondre correctement.

Traduction :
William Rostène, INSERM U732, Paris

Cette brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société de Neuroendocrinologie pour la traduction.