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Société de Neuroendocrinologie

Zone de texte éditable et éditée et rééditée

Hormones sexuelles, humeur, état mental et mémoire

George Fink MRC Brain Metabolism Unit, Departement de Neuroscience, Université d' Edinburgh

 Résumé

L'oestrogène et la testostérone, les principales hormones sexuelles, sont connues depuis longtemps pour affecter le comportement. Elles affectent aussi l'humeur, l'état mental et la cognition. Des résultats expérimentaux récents suggèrent que ces effets des hormones sexuelles peuvent être médiés par la sérotonine, un important neurotransmetteur dont la dysfonction a été impliquée dans les désordres de l'humeur et la schizophrénie. Le lien estrogène-sérotonine est en rapport avec la conception raisonnée de nouveau anti-oestrogènes et de la thérapie hormonale de remplacement (THR).

Comportement sexuel

Les forêts de France et les highlands d' Ecosse résonnent, à chaque automne, du choc des ramures ayant atteint leur taille maximum et du bramement des cerfs engagés dans des combats. La testostérone, l'hormone sexuelle mâle-clé (androgène) secrétée par les testicules a orchestré tous les changements nécessaires pour le rut- croissance des ramures, attraction pour l' odeur de la femelle et agression. A son tour, l' oestradiol, la plus puissante des hormones sexuelles femelles secrétées par l'ovaire, stimule le comportement d'accouplement chez la femelle. Des effets dramatiques similaires des stéroïdes sexuels sont observés chez tous les Vertébrés. Le comportement sexuel de l'humain est plus compliqué en ce qu'il est affecté par l'attribution du genre et par des déterminants culturels et rituels ; néanmoins, l'importance des hormones sexuelles est illustrée par l' intensité des interactions sexuelles déclenchées à la puberté par l' activation des gonades.

Humeur et état mental

Les hormones stéroïdes sexuelles affectent aussi l' humeur ainsi que suggéré par les désordres de l' humeur observés à la période de menstruation (syndrome pré-menstruel, PMS), à l' accouchement (dépression puerpérale) et à la ménopause quand le niveau d' oestradiol chute précipitamment. L'incidence de désordres de l'humeur est aussi accrue chez la femme après l'ablation des gonades ainsi que au départ d'un traitement par les anti-estrogènes. Inversement, l'œstrogène administré comme thérapie hormonale de remplacement (THR) est souvent effectif en améliorant l'humeur dépressive associée à la PMS, la périménopause ou le puerperium. Bien que pas aussi bien définie que la ménopause, une andropause, caractérisée par une chute de la concentration de la testostérone libre dans la circulation, intervient chez certains hommes et est aussi associée à une incidence accrue de désordres de l'humeur.

L'œstrogène est aussi impliqué dans la schizophrénie. L'âge moyen des premiers signes est plus tardif chez la femme que chez l'homme. Il y a des différences sexuelles quantitatives dans les symptômes schizophréniques et un second pic d'attaque schizophrénique intervient chez la femme après l'âge de quarante ans.

Finalement, de récentes études épidémiologiques suggèrent que la THR réduit le risque ou retarde le début de la démence d' Alzheimer chez la femme post-ménopausée.

Le lien œstrogène-sérotonine

Bien que le puissant effet des hormones sexuelles sur l'humeur et le comportement ait été accepté au cours des âges, de Aristote à Charcot, Steinach et Freud, les mécanismes par lesquels l' œstrogène peut affecter l' humeur et l' état mental ont seulement récemment été établis. Des études entreprises afin d' identifier les messagers chimiques du système nerveux central qui interviennent comme médiateurs du contrôle oestrogénique de la sécrétion des gonadotropines hypophysaires ont conduit à la découverte que l' œstrogène accroît la densité dans le cerveau antérieur des récepteurs 2A de la sérotonine.

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Figure 1 : Densité accrue des récepteurs 2A de la sérotonine dans le cortex antéro-frontal (FC) et le cortex cingulé (CgC) dans le cerveau de rat traité avec de l' œstrogène (B) comparé à un rat non traité (A). Ces régions du cerveau jouent un rôle majeur dans la cognition, l'humeur et l'état mental. (Reproduit avec permission d'un travail publié de l'auteur)

L'œstrogène accroît aussi la densité des sites du transporteur de la sérotonine dans le cerveau antérieur. Cet effet de l' œstrogène signifie que la dysfonction du transporteur de la sérotonine qui joue un rôle clé dans la signalisation de la sérotonine est impliquée dans les désordres de l' humeur induits par l' oestrogène. Le transporteur est la cible de puissants antidépresseurs, les inhibiteurs de la re-capture de la sérotonine, parmi lesquelles le " Prozac " est probablement le plus largement connu. La testostérone a le même effet que l'oestradiol sur ces mécanismes sérotoninergiques, mais son action dépend de sa conversion en oestradiol par une enzyme cérébrale.

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Figure 2 : Diagramme sagittal montrant les projections massives de fibres sérotoninergiques (vert pâle) à partir de cellules nerveuses localisées dans le noyau du raphé du cerveau de rat (flèche inférieure). Ces projections sérotoninergiques sont aussi présentes chez l'humain, elles innervent la plupart des régions du cerveau antérieur, spécialement le cortex cérébral (flèche supérieure) et jouent un rôle clé dans le contrôle de l' humeur et de l' état mental.
(Modifié d'après Dalhstrom A. et Fuxe K. (1964)

Mémoire et cognition

Les effets puissants des oestrogènes sur la croissance des fibres nerveuses et la densité des connexions nerveuses dans le cerveau offrent des mécanismes possibles par lesquels l'œstrogène pourrait exercer des effets positifs sur la mémoire et la cognition. De plus, l'activation du récepteur 2A de la sérotonine est connue pour réduire la production de la protéine beta-amyloide, dont en pense qu'elle est la cause des lésions cérébrales dans la démence d' Alzheimer. Si l'œstrogène augmente l'activité du récepteur 2A de la sérotonine, ceci pourrait expliquer l'effet protecteur apparent de l'œstrogène sur l'apparition de la démence d' Alzheimer.

THR pour désordres mentaux- Est ce justifié ?

De nouvelles recherches sont nécessaires pour établir le mécanisme précis des actions de l'œstrogène sur le cerveau. Cependant, la découverte que l'œstrogène affecte les mécanismes sérotoninergiques dans des régions du cerveau qui chez l'humain sont concernées dans le contrôle de l'humeur, l'état mental et la mémoire, a des implications importantes pour l'emploi correct de la THR, soit seule, soit en conjonction avec des drogues psychotropes conventionnelles, pour la prévention et le traitement des désordres mentaux et de la démence. La THR, quand elle est bien comprise et appliquée rationnellement peut offrir une stratégie nouvelle importante pour aborder l'accroissement redoutable de l'incidence des désordres mentaux liés à l'âge.

Traduction :
Andrée Tixier-Vidal, UMR 7101 CNRS, Université Pierre et Marie Curie, Paris

Cette brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société de Neuroendocrinologie pour la traduction.