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Société de Neuroendocrinologie

Zone de texte éditable et éditée et rééditée

Le cerveau d'une mère le sait bien

Professor Dave Grattan Centre for Neuroendocrinology, Université d'Otago Dunedin, Nouvelle-Zélande

Résumé
 
 La prolactine est une hormone de grossesse, essentielle pour le développement de la glande mammaire en vue de la production du lait. En outre, la prolactine a des effets importants sur le cerveau maternel, provoquant des modifications du comportement et de la physiologie de la mère qui contribuent à son adaptation aux nouvelles exigences de la grossesse, de la naissance et de l’allaitement. Ainsi, le même signal hormonal est utilisé à la fois par le cerveau et par l’organisme pour identifier ces nouveaux états physiologiques et pour s’y adapter.
 

 Beaucoup de changements doivent se produire chez la femme enceinte afin de la préparer aux exigences physiques et physiologiques de la maternité (voir la figure). Certaines modifications physiques sont évidentes: expansion de l’abdomen avec le développement de l’utérus et l’établissement du placenta pour la croissance et la nutrition du fœtus. Les seins grossissent et changent de forme tandis que leur tissu adipeux est graduellement remplacé par un épithélium glandulaire qui produira le lait.
 Mais les changements ne se limitent pas à cela. Chez la future mère le cerveau subit aussi nombre de modifications extraordinaires qui vont changer les fonctions de son organisme. Ses sécrétions hormonales voient leur contrôle modifié et leur « pattern » devient caractéristique de la grossesse ou de l’allaitement. Son appétit augmente et elle commence à manger davantage et à prendre du poid. (en effet, la production de lait requiert beaucoup d’énergie et la nature la prépare à la lactation en encourageant le dépôt de graisses pendant la gestation). Ses cycles s’arrêtent, pour centrer à nouveau la dépense énergétique sur la grossesse plutôt que sur les ovulations futures. Elle devient moins sensible aux stress de l’environnement et ne développe plus de fièvre en réponse à une infection. Ces changements évitent au futur bébé d’être soumis à un excès d’hormones de stress ou à des températures trop élevées qui pourraient nuire à son développement. De façon remarquable, il y a, dans le cerveau maternel pendant la gestation, production accrue de nouveaux neurones qui contribue aux altérations spectaculaires de l’humeur et du comportement accompagnant la grossesse et la naissance du bébé. Tous ces changements conduisent le cerveau à fonctionner pendant la gestation    de façon différente par rapport à toute autre période. Cela constitue un type de plasticité neuronale qui adapte spécifiquement le fonctionnement cérébral à la maternité.

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Actions de la prolactine hypophysaire et de l'hormone lactogène placentaire sur le cerveau maternel au cours de la grossesse et de la lactation

 

Le rôle de la prolactine
 
 A la différence des mères humaines qui peuvent savoir qu’elles sont enceintes par un test urinaire, celles d’autres espèces animales n’ont pas d’information extérieure et subissent donc tous ces changements lors de la préparation à la maternité. Leurs cerveaux répondent simplement aux modifications hormonales associées à l’ovulation, l’accouplement, l’ovoimplantation et la gestation. La prolactine de l’hypophyse antérieure et les hormones lactogènes apparentées du placenta, spécifiques de la gestation, apparaissent à présent comme des candidats importants pour déclencher ces  changements adaptatifs dans le cerveau maternel.

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 La prolactine apparaît comme un candidat important pour déclencher les  changements adaptatifs dans le cerveau maternel.
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 En raison de leur situation singulière d’hormones issues à la fois de sources hypophysaire et  placentaire, les hormones de type prolactine sont présentes à haut niveau à travers la gestation, la naissance et l’allaitement. Elles sont capables de passer dans le cerveau et d’agir sur des récepteurs de la prolactine, largement distribués sur des circuits cérébraux clés. La prolactine stimule la mise en place du comportement maternel après la naissance et elle est également impliquée dans la stimulation de l’appétit pendant la grossesse en facilitant en outre les modifications qui se produisent dans l’axe du stress. Un taux élevé de prolactine inhibe la fertilité et peut contribuer au blocage de l’ovulation qui accompagne la gestation et l’allaitement. La prolactine est aussi spécifiquement en cause dans la stimulation de la production de nouvelles cellules (neurogenèse) dans le cerveau maternel, en pouvant ainsi promouvoir les changements appropriés de l’humeur et du comportement maternel en postpartum.
 

 L’évolution du cerveau maternel
 
 Dans une perspective évolutive, il n’est peut-être pas surprenant que des hormones requises pour la production du lait comme la prolactine soient aussi impliquées dans l’induction de changements adaptatifs dans le cerveau. L’évolution de la lactation a défini une nouvelle classe de vertébrés, les mammifères. Leur stratégie reproductrice comprend la production d’une sécrétion nutritive par une glande exocrine cutanée et l’encouragement de la nouvelle portée à la consommer. Cela a permis une alimentation prolongée des petits même après la section du cordon ombilical à la naissance. Ainsi la période d’investissement parental dans leur progéniture a été étendue bien au delà de la gestation, avec, parmi ses effets positifs, la possibilité d’un développement accru du cerveau des petits. Le succès de cette stratégie nécessitait davantage que la production de lait. Il a requis des changements complémentaires chez la mère pour s’adapter aux exigences métaboliques et sociales de la maternité, y compris par de complexes modifications comportementales. Il semble logique que la nature ait utilisé les mêmes hormones pour la production du lait et pour signaler le besoin de modifications adaptatives complémentaires dans le cerveau.
 
 
 Des complications…
 
 Les changements hormonaux de la gestation sont nécessaires pour induire des modifications subtiles et d’autres plus globales dans le fonctionnement du cerveau maternel. Par conséquent, il va sans dire que les facteurs qui influencent ces sécrétions hormonales pendant la gestation auront des conséquences sur le devenir de la grossesse, pour la mère, la portée ou les deux. De petites altérations, provoquées par un stress ou une maladie à une période inappropriée, peuvent avoir des effets délétères qui ne deviennent apparents que plus tardivement. Par exemple, chez la souris, une diminution de la neurogenèse dans le cerveau maternel au début de la gestation provoque une anxiété postpartum et un comportement maternel altéré quelques semaines après. D’autres troubles de la grossesse et du postpartum, tels que le diabète de la gestation, l’hypertension, la dépression postpartum et l’incapacité à s’attacher au bébé peuvent de la même manière trouver leur origine dans l’altération d’adaptations neuroendocrines aux modifications hormonales liées à la gestation. Nous avons tous une mère et certaines d’entre nous le deviendront. Il est important que nous comprenions comment les hormones influencent le cerveau. Ainsi nous pourrons mieux identifier les causes des problèmes qui peuvent se produire pendant la gestation et améliorer leur thérapeutique quand ils se font jour.

 
 

Traduction :
 André Calas, Institut Interdisciplinaire de Neurosciences CNRS- Université de Bordeaux2, France.
 
 

Cette brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication vers le public. 

 ©British Society for Neuroendocrinology et Société de Neuroendocrinologie pour la traduction